[Dossier] Ces femmes présidentes de clubs sportifs villeneuvois – Evelyne Dulongcourty – VAFF

Spor’ama : Vous avez été un pilier dans la création du VAFF. Quels défis avez-vous eu à relever en tant que femme dans la gestion de ce projet ambitieux, surtout dans un domaine historiquement dominé par les hommes ?

Evelyne Dulongcourty : À la création du club, il a fallu défiler devant la mairie pour prouver que les licenciées avaient le droit d’avoir un club à part entière. Cette détermination à faire entendre la voix des femmes a été décisive pour moi. Nous étions soutenues par des hommes issus d’un club masculin qui partageaient nos valeurs et notre idée que la pratique du football n’était pas réservée qu’aux hommes et qui souhaitaient développer le football féminin. 

S. : Le VAFF valorise l’éducation et le respect des jeunes filles à travers le sport. Comment pensez-vous que le football féminin peut aider à l’émancipation des femmes et à l’égalité des genres ?

E. D. : Le football est, encore à ce jour, vu comme un sport d’homme. Les filles et les femmes, souhaitent prouver que quel que soit le sport, elles peuvent, si elles le souhaitent, le pratiquer. Pour certaines c’est un moyen de prouver à leur père et/ou leur mari qu’elles en sont capables. Prochaine étape : que les équipes féminines de haut niveau deviennent professionnelles et soient indemnisées et reconnues comme les professionnels homme. Aussi, que les jeunes filles ou les femmes puissent coacher une équipe voire arbitrer.

S. : Le club met l’accent sur le fait que chaque joueuse doit progresser non seulement comme footballeuse, mais aussi comme femme. Pouvez-vous nous en dire plus sur les initiatives spécifiques que vous avez mises en place pour favoriser cette double progression ? 

E. D. : Il n’y a pas eu d’actions spécifiques, cela s’est fait naturellement. Soit les femmes, en jouant au football, prouvent à leur fille qu’elles peuvent aussi jouer (puisque nous avons toutes les catégories) soit à l’inverse les filles incitent leur maman à jouer. Pour les débutantes nous avons du football à 7 joueuses mais aussi le foot en marchant qui permet de pratiquer un sport dans la convivialité sans la pression du championnat.

Il ne s’agit pas de dire « Il faut qu’il y ait des filles dans les clubs masculins », il faut aussi donner les moyens […]

Evelyne Dulongcourty, présidente du VAFF

S. : En tant que présidente d’un club de football féminin, quelle est votre vision pour l’avenir du sport féminin en général, et comment le VAFF contribue-t-il à faire évoluer les mentalités ?

E. D. : Les mentalités concernant la place des femmes dans le football évoluent, mais elles évoluent doucement. On entend encore parfois des jeunes ados dire que les femmes peuvent retourner dans leur cuisine. Tant que dans les hautes instances, les hommes n’accorderont pas une place égale aux femmes et aux hommes, ce sera difficile de faire évoluer les mentalités concernant le foot féminin. Il ne s’agit pas de dire « Il faut qu’il y ait des filles dans les clubs masculins », il faut aussi donner les moyens pour qu’il y ait des coach(e)s qui aient envie de développer le foot féminin. Il faut que les clubs masculins acceptent des sections féminines, pas seulement une mixité jusqu’à 15 ans*1 et après l’obligation de chercher une autre équipe que celle où la joueuse a commencé. 

Le VAFF souhaite continuer à développer le football féminin en formant les jeunes et en leur faisant avant tout prendre du plaisir sur un terrain.

  1. Aujourd’hui la Fédération encourage les clubs de foot à constituer des équipes mixtes jusqu’à 14 ans. ↩︎