[Dossier] Ces femmes présidentes de clubs sportifs villeneuvois – Laura Di Muzio – Stade Villeneuvois

Spor’ama : En tant que présidente du Stade Villeneuvois et ancienne joueuse de rugby en équipe de France, quel rôle selon vous joue le sport féminin dans la lutte pour l’égalité des sexes ? Pensez-vous que le rugby féminin bénéficie aujourd’hui de la reconnaissance qu’il mérite ?
Laura Di Muzio : Le sport féminin joue un rôle crucial dans la lutte pour l’égalité des sexes, notamment parce qu’il bénéficie d’une exposition médiatique, encore insuffisante certes, mais existante ! Ainsi, c’est une vitrine pour créer des rôles modèles et des ambassadrices, qui pourront à leur tour inspirer et amener à la réflexion sur ce sujet.
Il faut profiter d’événement comme les Jeux Olympiques pour montrer que le sport n’a pas de genre et que les femmes y ont pleinement leur place.
Malheureusement, encore aujourd’hui, très peu de sports considèrent la pratique féminine au même niveau que celle masculine et le rugby ne fait pas exception. Longtemps interdite pour les femmes, la pratique féminine du rugby a accumulé du retard dans son développement et subit une image dite «masculine» et «non adaptée» aux femmes. Depuis une dizaine d’années, les choses évoluent progressivement, notamment grâce à une médiatisation accrue, qui permet de démocratiser la pratique, mais le chemin est encore long !
S. : Selon vous, quelles sont les principales difficultés que rencontrent les femmes dans le rugby et quelles actions mettrez-vous en place pour les surmonter ? Quelles actions concrètes pourraient être mises en place pour favoriser encore plus l’accès des femmes aux postes à responsabilités dans le sport ?
L. D. : Dans le rugby, les difficultés sont encore nombreuses sur le chemin de l’égalité :
- Le statut des joueuses : le sport n’étant pas assez développé, le championnat est pour le moment toujours amateur, alors qu’il est professionnel chez les hommes. Ainsi, les joueuses sont peu rémunérées et ne peuvent pas vivre du rugby, même au plus haut niveau. Elles doivent donc cumuler leur vie étudiante ou professionnelle et leur vie sportive.
- La culture de notre sport, qui a longtemps été réservé aux hommes. Même si l’évolution est très positive, le rugby reste dans l’inconscient collectif un sport d’abord masculin et cela crée des barrières psychologiques aux parents ou jeunes filles qui souhaiteraient s’y essayer.
- Le manque d’équipe sur le territoire, notamment chez les jeunes : les clubs de rugby ont naturellement développé des équipes masculines et pas toujours féminines. Ainsi, il faut parfois faire 1h de route pour trouver un club à une adolescente et c’est décourageant.
La place des femmes aux postes de dirigeantes est fondamentale pour faire grandir notre pratique. Il faut notamment que les fédérations et ligues s’emparent de ce sujet pour accompagner de potentielles intéressées. Il est difficile de se lancer seule !
S. : Avez-vous été confrontée à des stéréotypes ou des préjugés liés à votre rôle ?
L. D. : L’équipe féminine de Villeneuve d’Ascq a été créée en 1993, dans un club lui-même créé en 1972. La pratique féminine est donc totalement ancrée dans la culture du club et les différentes équipes travaillent ensemble pour l’épanouissement de toutes et tous ! Ainsi, je n’ai jamais été confrontée à des préjugés au sein de mon club, bien au contraire, il promeut le vivre ensemble et le travail commun comme gages de notre réussite collective. C’est une vraie chance, car ça n’est pas toujours le cas !
«[…] une jeune fille ne réfléchit pas en terme de genre pour sa pratique sportive ! »
Laura Di Muzio, présidente du Stade Villeneuvois
S. : Dans un sport encore majoritairement dominé par les hommes, quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes filles qui rêvent de faire du rugby ?
L. D. : Le message est simple : foncez! Il faut essayer et voir si ça vous plaît ! Généralement, on accroche !
Mon message s’adresse néanmoins plus aux parents : une jeune fille ne réfléchit pas en termes de genre pour sa pratique sportive ! Elle ne se demande pas si le ballon est rond ou ovale et si c’est un problème. Elle a envie, elle se lance. Le souci vient souvent de nous, les adultes : nous projetons chez les plus jeunes nos conceptions, et parfois inconsciemment !
À nous de les écouter, et de leur donner les moyens d’essayer ce qu’ils ont envie d’essayer, que ce soit du rugby pour une jeune fille ou de la danse pour un jeune garçon !
S. : En tant que modèle pour de nombreuses jeunes sportives, quel conseil donneriez-vous à celles qui veulent s’impliquer davantage dans le sport, que ce soit en tant que joueuses ou dirigeantes ?
L. D. : Mon conseil : c’est en s’impliquant que l’on peut faire évoluer les choses, donner son avis, participer à des projets ou des actions !
Si nous voulons que notre pratique se développe, nous devons être au cœur des sujets et travailler main dans la main avec les dirigeants !